Pérégrinations d'une paria, 1833-1834
46 montraient que par exception. La profonde so– litude da.ns laquelle je m'étais retirée m'avait laissé ignorer le monde et tout ce qui s'y passait. Je m'étais repliée sur moi-meme et ne pouvais soup<tonner dans autrui l'existence de vices dont je ne découvrais en moi aucune trace, ou qui souleYaient d'indignation la générosité de mon cceur. O précieuse ignorance qui fait croire a la bonne foi et a la bienveillance ! pourquoi t'ai- je perdue? ou pourquoi la société est-elle si péu avancée encore, qu'il faille remplacer la fran– chise par la défiance, l'abandon par la retenue '? Oh! que le cceur est blessé par ce cruel désenchan– tement! Sous l'empire de la violence, les amesai– mantes se retiraient dans la Thébaide : c'est en– ~ore au désert qu'elles devront habiter tant que la ruse et le mensonge gouverneront la société ; c'est daos la solitude que les ames pénétJ'ées de !'esprit de Dieu re9oivent ces inspirations qui préparent le monde au regne de la vérité. En 1833, l'amour élait pour moi une religion; depuis l'age de quatorze ans, mon ame ardente l'avait déifié. Je considérais l'amour comme le soujjle de Dieu) sa pensée vivifiante, ceHe qui produit le grand et le beau. Luí seul avait ma
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