Pérégrinations d'une paria, 1833-1834

.,_ 43 rement perdu de vue ce que ma position pouvait avoir d'extraordinaire aux yeux de M. Chabrié. Mon état de souffrance m'avait empechée d'y penser; j'attribuais a la bonté naturelle de notre capitaine les complaisances qu'il avait pour moi, les attentions dont il m'environnait; je n'avais jamais songé qu'il put éprouver un autre senti– ment que celui de l'aITection compatissant.e, que ma position inspirait généralement. Aux etres doués d'une ame aimante, dont l'organisation est a la fois délicate et magnéti– que, il suffit d'un seul regar<l pour leur faire pénétrer le secret de l'individu auquel ils parlent. Le rt"gard de M. Chabrié me laissa lire claire– ment sa pensée; il lut aussi la mienne. Je luí serrai la main; il me dit alors avec un accenl de profonde tristesse : - MaJemoiselle Flora, je n'cspere pas me faire aimer de vous. .le demande seulement a vous aider a supporter vos chagrins. Je le remer– ciai par un sourire, et lui montrant la mer : Mon creur, lui dis-je, ressemble a cet Océan; le mal– heur y a creusé de profonds abimes; il n'est pas <le pouvoir humain qui puisse les combler. - Accordez-vous done plus de puissance au malheur qu'a l'amour?.. .

RkJQdWJsaXNoZXIy MjgwMjMx