Pérégrinations d'une paria, 1833-1834
2t Vers la hautcur des Canaries , ces mcssicm·s s'aperc;ureut que le navire faisait eau , et ils se déciderent a relacher au premier port, afin <l<' le faire ca)fater. ll n'y avait que vingt-cinq jours que nous etions en mer; ce temps m'avait paru si long, la vie de bord m'était tellement a charge que, lorsqu'on m'annonc;a la vue prochaine de la terre, la joie, le contentement que j'en res– sentís firent de suite évanouir mon mal : je rc– vins a la santé. Il faut avoir éte a lamer pour connaitre la puissance d'-émotion renfermée dans ce mot : terre ! terre ! Non , l' Arabe dans le desert n'éprouve pas une joie plus vive a la vue de la source ou il doit assou vir sa soif a1~dente; le prisonnier qui , apres une longue déteniion , recouvre sa liberté ressent moins d'allé~ressc. Terre ! terre ! Ce mot, apres de longs mois passés entre le ciel et l'abime, renferme tout pour le navigateur: c'est la vie entiere dans ses jouissances, c'est la patrie; car alors les préjugés nationaux se taisent , et il ne sent que le lien qui l'unit a 1'11:umanité; ce sont les joies sociales, les doux ombrages et les prés émaillés, l' amour et la liberté ; enfin ce mot terre fait renaitr<' en lui le sentiment de la !lécurité cpli, apres
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