Pérégrinations d'une paria, 1833-1834
xlvj ue~, qu'on s'imagine assez généralement salisfaire a la charité prechée par Jésus-Christ. M. Bertera, bien qu'Espagnol et bon catholique, était venu trop jeune en France , ou il avait été élevé- pour etre imbu des memes préjugés religieux que IVI. de Goyeneche. Cependant je ne le mis pas dans ma confi– dence, je lui portais une amitié désintéressée, et ne vou– lus pas le commettre dans le mensonge que je faisais a ma famille. Ce jeune homme, depuis que je Je connais– sais, n'avait cessé de me prodiguer des témoignages d'af– fection. Je croyais a la sincérité de l'attachement qu'il me manifestait, et je me plaisais a lui montrer ma re– connaissance. Le plaisir que je ressentais a le faire fut un adoucissement aux nombreuses tribulations qui m'as– saillirent pendant mon séjour a Bordeaux. Jusqu'alors la plupart des personnes avec lesquelles les circons– tances m'avaient mise en rapport ne m'avaient fait que du mal, tandis que M. Bertera éprouvait de la satisfac– tion a m'etre utile : il me confia ses douloureux regrets et ses ennuis. 11 avait vu mourir de la meme maladie toute sa famille a laquelle il était -tendrement attaché : resté seul, il vivait dans l'isolement, au milieu du monde etde son froid égo·isme. La douleurcompatit ala douleur, quelque diverses qu'en soient les causes. Des la premiere conversation, ils'étahlit entre nos ames une intimité mé– lancolique qui , pieuse dans ses aspirations , ne touchait a la terre par aucun point. J'aimais ce jeune homme de cette sympathie tendre et affectueuse que, dans le ma 1 - heur, les etres sensibles ressentent les uns pour les autres. Sa société était a mon ame un doux parfum : aupres de lui, je respirais p1us librement, et l'affi~eux cauchemar qui continuellement m'oppressait pesait moins lourdement
Made with FlippingBook
RkJQdWJsaXNoZXIy MjgwMjMx