Pérégrinations d'une paria, 1833-1834

xlvij sur ma po1tnne. J'aimais a sortir avec lui, et, presque tous les soirs, nous allions faire de longues promenades pcndant que mon vieux parent faisait la sieste. De son coté, M. Bertera recherchait avec empressement toutes les occasions de m'etre agréable; son affection pour moi se montrait dans les plus petites choses. Je n'ai de ma vie balancé un instant a sacrifier une jouissance personnelle au plaisir plus vif pour moi de contribuer a rendre heureux ou a garantir de peine ceux que j'aimais réellement. La sincérité de l'affection que me portait M. Bertera me donnait la conviction qu'il aurait ressenti ma douleur si je lui avais confié le secret de ma cruelle position, et l'impossibilité de la changer eut en– core augmenté sa peine. Ensuite la fausse position dans laquelle me mettait le mensonge que m'imposaient les préjugés de la société m'était trop pénible pour consentir a faire supporter a un homme que j'aimais et auquel j'a– vais tant d'obligations une portion quelconque des con– séquences que pouvait avoir ce mensonge. Je retins mon secret; j'eus le courage de me taire quand j 'étais su.re de rencontrer dans le creur de ce jeune homme une vive sym– pathie pour mes malheurs. Je fis ce sacrifice a l'amitié que je lui avais jurée, et de Dieu seul j' en attends la ré- · compense. Je partís, recommandant ma filie a mademoiselle de Bourzac et au seul ami que j'eusse; tous deux me pro– mirent de l'aimer comme leur enfant, et j'emportai la douce et pure satisfaction de ne laisser aucun pénible souvenir apres moi .

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