Pérégrinations d'une paria, 1833-1834
xliv était le reve constant de mon imagination, l'objet de tous mes désirs. Je ne me résolvais qu'a regret a mon voyage au Pérou : je sentais , comme par instinct, qu'il allait attirer de nouveaux malheurs sur ma tete. Quitter mon pays que j'aimais de prédilection; quitter ma fllle qui n'avait que moi pour appui ; exposer ma vie, ma vie qui m'était a cbarge, parce que je souffrais, parce que.je n'en pouvais jouir que f'urtivement , mais qui m'etit apparu belle et radieuse si j'avais été li'bre ; enfin , faire tous ces sacrifices, affronter tous ces dangers, parce qne j'étais liée a un euc -.-a ,¡ni me réclarnait comme son· esclave.' Qh! e&s réílexions faisaient bondir mon cceur d'indignation; je maudissais cette orgams-crt-ion sociale qui , en opposition avec la Providence , substitue la chrune du for~at au lien d'amour et divise la société en ser/les et en maítres .. A ces mouvements de désespoir, t' succédait le sentiment de ma faiblesse ; des larmes ruis– selaient de mes yeux : je tombais a genoux , et j'im– plorais Dieu avcc fen·eur pour qu'il m'aidat a suppo1;ter l'oppression. C'était pendant le silence de la nuit qu'as– siégée par ces réflexions, l'irritant tablean de mes mal– heurs passés se déroulait dans ma pensée : le sommeil me fuyait, ou, durant de courts instants seulement, il adoucissait mes peines. Je m'épuisais en vains projets; je cherchais a -~pénétrer le caractere de mon parent, JH. de Goyeneche : il est rcligieux , me disais-je , a ne pas manquer un seul jour ialler a la messe ; ponctuel dan(l'accomplissement de tous les devoirs que la reli~ gion impose; Dieu, qu'il fait constamment intervenir dans ses propos, doit etre dans ses pensées; il est riche, el mon parcnt_d'aussi pres pourrait-il se refuser a nous prendrc mo1 et ma fille sous sa protection ! Oh non , ..
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