Pérégrinations d'une paria, 1833-1834
384 noir, telle était la toilette du jeune diplomate. Si, en le voyant, on avait peine a distinguer a quel sexe il appartenait, en l'écoutant la chose devenait plus perplexe encore. Sa voix avait un charme inexprimable; ses yeux se baissaient aYec une candeur qu'il est bien rare de ren– contrer dans un homme. Sa conversation était bizarre, tres variée et remplie de traits d'ori– ginalité; il professait pour toutes les dames une admiration qui le dispensait d'avoir de l'amour ,pour aucune. -D'ailleurs, disait-il, je ne crois plus a l'amour. - 11 avait vingt-deux ans : oui, vingt-deux printemps seulement avaient passé sur cette tete ·encore imberbe, et dans si peu de t.emps le moral avait atteint la décrépitude. Le . jeune vicomte ressemblait a ces vieillards qui ont epuisé la vie et n'ont plus rien a apprendre en restant sur la terre. Déja il avait été attaché aux ambassades de Naples et d'Angleterre, et avait eu, dans ces deux pays , de ces grandes aventures amoureuses qui, blasant le ccenr, tarissent la source des plus cheres illusions. Avide de sensations nouvelles, il éprouvait un besoin incessant de voir. A peine arrivé a Rio– Janeiro, il avait voulu voir au dela. Les glaces du cap Horn avaient tenté sa curiosité, et, sans ,1 I
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