Pérégrinations d'une paria, 1833-1834

377 s'arr~te aussi. Quand la station se prolonge, I'Indien inquiet, voyant le soleil baisser, se décide, apres avoir pris toutes sortes de précau– tions, a supplier ses betes de continuer leur route. 11 se met a cinquante ou·soixante pas de la troupe, prend une attitude humble, fait de la main un geste des plus caressants a ses llamas, leur adresse des regards tendres, en meme temps qli'il críe, d'une voix douce et avec une patience que je ne pouvais me lasser d'admirer : ic-ic-ic-ic-ic-ic ~· si les llamas sont disposés a se remettre en route, íls suivent l'Indien en bon ordre, d'un pas égal et vont fort vite, leurs jambes étant tres longues; mais, lorsqu'ils sont de mauvaise humeur, ils ne tournent seulement pas la tete du coté de la voíx qui les appelle avec tant d'amour et de patience. Ils restent immobi– les, serrés les uns contre les autres, tantót de– bout, tantot couchés et regardant le ciel avec des regar<ls si tendres, si mélancoliques, qu'on croíráit vraiment que ces étonnantes créatures ont conscience d ' nne autre vie, d'une phase d'existeuce meilleure. Leur grand cou, qu'ils portent avec une gracieuse majesté, les longues soics de leur robe toujours propres et brillantes, leurs mouvemcnts souples ét craintifs donnent

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