Pérégrinations d'une paria, 1833-1834

318 un obstacle qu'il n'eut pas osé franchir, je ne pouvais, dans cecas, le lui confier sans compro– mettre un secret qu'il m'importait de ne pas divulguer; car son indignation contre moi, pour lui avoir fait accroire que j'étais demoiselle, n'aurait pas connu de bornes, comme plus tard j'en ai eu la preuve. L'idée qu'en acceptant l'amour de Chabrié j'allais le réduire a la misere et aux regrets•éter– nels d'avoir quitté son pays, sa famille, pour se reléguer avec rnoi sur les cotes de la Californie, cette idée me rendit tout mon courage et me fit chercher dans ma tete un moyen de le détacher de moi a jamais. Je le connaissais integre et d'une rigoureuse probité, je conc::us la pensée de l'attaquer sur ce point. Ah! il me fallut l'aide . de Dieu dans la poursuite d'un projet dont l' exé– cution dépassait toute force humaine; en entre– prenant de faire renoncer Chabrié a son amour, je courais le risque de perdre aussi son estime, son estime et son amour qui, depuis huit mois, avaient été les seules et douces consolations de mon ame. Eh bien! j'eus ce courage ! ! ! Dieu seul a compris l' étendue de mon sacrifice. Le jeudi au soir, Chabrié arriva chez moi avec empressement. Je lui avais promis la veille que,

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