Pérégrinations d'une paria, 1833-1834
/ 317 Je passai la nuit du mercredi au jeudi dans une p('rplexité des plus pénibles, non que j'hé– sitasse a sacrifier au bonheur de Chabrié l'affec– tion qu'il m'inspirait; mais j'élais embarrassée et inquiete de savoir quelle raison je luí donne– rais pour motiver mon refus de l'épouser. J'a– vais la ferme conviction qu'en lui disant lavé– rité il s'en saisirait avec empressement, et y verrait un motifde plus pour ha ter notre union, afin de pouvoir me protéger et m'assurer un re– pos dont j'avais tant besoin. A bord j'avais pensé autrement; j'avais cru que, si je lui apprenais que j'étais mariée, je l'éloignerais de rnoi, et peut-etre qu'a.lors ceite révélation eut produit cet effet; depuis, son amour avait pris sur lui un empire qui dorninait tout son etre. Chabrié res– pectait les préjugés, puisque, pour les braver, il me proposait de vivre hors de France; reli– gieux ohservateur des lois dans tout ce qui re– garde la propriété, il croyait bien qu'il leur appartenait de régler la possession des choses, mais ne leur accordait pas le pouvoir d'asservir les inclinations du creur; et, loin de son pays, il aurait également, j'en suis convaincue, se– coué le joug de cette tyrannie. Si je me trornpais dans cette supposition , si mon mariage eut été
Made with FlippingBook
RkJQdWJsaXNoZXIy MjgwMjMx