Pérégrinations d'une paria, 1833-1834

291 chie. Il me disait quelquefois : « Si je n'avais que quarante ou cinquante ans, je partirais sur-le-champ pour Madrid, je ne demanderais que deux mois pour détróner les grands fai– seurs de Saint-Ildefonse, de telle sorte que je tiendrais tous les ressorts du gouvernement dans mes mains. » Cette premiere lettre de mon oncle eut le ré– sultat que probablement il en attendait. Il m'y témoignait tant de bienveillance, rappelait les services que mon pere lui avait rendus avec tant de reconnaissance, que je crus son creur ouvert a toute mon affection, et pouvoir comp– ter sur sa justice. 11 fallait etre aussi igno– rante du monde que je l'étais pour me laisser prendre aux belles paroles de don Pío. Hélas ! j'avais besoin d'affection, je croyais a la pro– bité, a la reconnaissance; -et si, par instants , il me venait des idées de défiance contre mon oncle, je les repoussais de toutes mes forces, m'obstinant a nier le mal qu'on m'en disait. Toute sa correspondance, pendant les trois mois que je restai a l'attendre, fut sur le rneme ton affectueux, bon et loyal. A la fin, je com– pris que j'étais sa dupe; ses actions n'avaient aucun rapport avec ses lettres, et cette contra-

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