Pérégrinations d'une paria, 1833-1834

290 / ·qu'il pourrait bien me faire arréter. Ma cham- bre ne désemplissait pas, du matin au soir, de ces officieux amis, qui venaient me communi– quer leurs craintes, leurs conseils , leurs extra– vagants projets. J'écrivais lettre sur lettre; ma cousine, M. de Goyenéche et d'autres personnes écrivaient aussi. Don Pio ne faisait aucune ré– ponse. It était, dans ce moment, totalement en discrédit: cette circonstance, heureuse pour moi, me donnait tout le monde. Enfin, le vingt et uniéme jour aprés mon arrivée, chacun de nous eut une réponse; et toutes ces missives étaient écrites avec tant d'art, que l'illustre Talleyrand aurait pu revendiquer le mérite d'avoir corn;u ces p~tits chefs-d'reuvre de diplomatie. Mon oncle était fait pour devenir le premier ministre d'une monarchie absolue. Dans les temps diffi– ciles, il eut laissé loín derriére lui, par la su– périorité de son savoir-faire, les hommes d'État les plus renommés : les Nesselrode et les Met– ternich eussent pali a cóté de lui. Aussi se plai– gnait-il souvent du destin qui le réduisait a intriguer sourdement, afin d'arriver a la di– rection des ·affaires d'une misérable petite ré– publique, lorsqu'il se sentait les talents néces– saires pour diriger celJes d'une grande monar-

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