Pérégrinations d'une paria, 1833-1834
• 169 pris celte mort, qu'en vérité je né sais plus Ol'1 relrouver ma raison. Chabrié était dans une agitation comme jamais je ne l'avais vu : il marchait a grands pas dans la chambre, s'arretait a la fenetre, revenait au– pres de moi, me couvrait avec mon chale, ré– chauffait mes mains glacées, me parlait de notre mariage, de sa joie, des arrangements qu'il al– lait prendre pour presser notre union, me con– sultait sur ses affaires, me priait de décider moi– meme ce que je voudrais. Chabrié était heureux, et, a l'image de son bonheur, je sentais mille serpents me percer le cceur. Il se retira. Je me jetai sur mon lit; mon corps était brisé par la fatigue; mon corps dormit et mon ame continua a rester éveillée. Les per– sonnes qui ont en de pareilles nuits peuvent dire avoir vécu des siecles dans des mondes diffé– rents. L'ame, se dégageant de son enveloppe, s'élance, avide de connaitre, dans l'immensité de la pensée, court~ vole, comme la comete, tra veq;e des milliers de spheres, et, ainsi que cet astre lurnineux, absorbe des flots de clartés qu'elle réfléchit dans sa course sur les etres qui lui sont chers. Affranchie du corps et de ses exi- 5ences., l'ame suit, sans que rien ne l'arretc, les
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