Pérégrinations d'une paria, 1833-1834

166 meme de mon départ de Bordeaux. Oh! j'avoue qu·un moment je sentís mes forces chanceler. Cette mort m'enlevait mon seul refuge, ma seule protection, ma derniére espérance. M. lVliota se retira , sentant bien que, dans de pareils mo– ments, on a besoin de solitude; cependant ilme dit en -me quittant : - Je vais aller dire a M. Cha– brié qu'il vienne vous trouver. - Ce bon jeune homme ne savait pas que, pour moi, Chabrié aussi était mort ! .... ll existe des douleurs tellement au dessus de celles auxquelles on est communément exposé, dont les rudes étreintes sont si brf1lantes, péne– trent ai profondément, qu'aucune langue n'a de mots pour les peindre. De- cette nature furent celles que je ressentis a la nouvelle de cette mort qui anéantissait toutes mes espérances. Je ne versai pas une seule larme. Les yeux St'CS, hrulants, enfoncés· dans leurs orbites, les veines du cou et du front tendues, les mains froides et crispées, je restai plus de deux heures dans la memc attitude, regardant lamer, qui me parais– sait un horrible tableau sur lequel mon histoirc était retracée en caracteres de feu. On vint me servir a cliner, etje mangeai !. .. tant, dans cette crise d'11ne douleur inextinguible, mon ame

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