Pérégrinations d'une paria, 1833-1834

105 expression, tout a lui que nul autre ne pourrait imiter. Je regardai M. Chabrié, et je vis que j' étais réellement aimée. Cette découverte pro– duisit sur moi un- élan de ravissement, car l'amour comme je le comprends, c'est l'esprit de Dieu : a nous mortels, attachés a la terre, d'adorer la divine apparition. Mais a cet élan de gratitude succéda !'horrible désespoir qui nais– sait de ma position. l\foi m'unir a un etre dont je me sentais aimée, impossible ! Une voix in– fernale me répétait avec un ricanemenl affreux : « Tu es nzariée! C'est a un etre méprisable, il est vrai ; mais enchainée a lui pour le reste de tes jours, tu ne peux te soustraire a son joug. Pese la chaine qui te fa.it son esclave et vois si, plus qu'a Paris, tu peux la rompre ! » Je crus que mon front allait éclater. J' étais assise sur mon lit, M. Chabrié appuyé aupres de moi; j'attirai sa tete sur mes genoux dans_Fintention de luí parler. J'allais lui révéler toute la vérité, mais mes larmes me suffoqueren t; elles tombe– rent en abondance et inonderent son visage. M. Chabrié ne pou vait me comprendre : il voyail en moi"une douleur qui me débordait et sentait en meme temps que je l'aimais avec la plus sin– cere affection. Je le priai de me laisser : j'étais

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