Pérégrinations d'une paria, 1833-1834
102 Son ame était trop gr~nde et trop délicate pour ne pas comprendre avec une exquise sensibilité tout ce qu'il y a de malheur dans la position d'une jeune tille trompée et abandonnée lache, mep.t par celui qui l'a séduite. 11 commenc;a par me plaindre et éprouva pour moi ce respect que commande une douleur vraie et sans remede. Mais, apres m'avoir plainte, la passion qu'il res– sentit lui fit naitre la sublime pensée de faire un de cesactes de dévouement qui ne sont guere compris de nos jours, et que méme notre stu– píde société tonrne en dérision parce qu'elle n'a de sens que pour ses intérets matériels, et qu'il est plus facile a son égo1sme de ridiculiser l'ab– négation que de l'imiter. M. Chabrié conc;ut le projet de me rendre a la société dont il me voyait bannie en m'oífrant la protection de son nom. A cetle proposition faite avec une générosité au dessus de tout éloge, je me sentis pénétréc pour luí de la reconnaissance la plus profonde, et en meme temps je rcculai d'épouvante a l'idée des conséquences que pou– vait a.voir le mensonge que j'avais été contrainte de faire. Aussi, lorsque M. Chabrié m'offrit de m'épou– ser, je c~chai ma tete dans mes mains, n'osant
Made with FlippingBook
RkJQdWJsaXNoZXIy MjgwMjMx