Pérégrinations d'une paria, 1833-1834
93 imaginer l'ordre Lizarre d'idées qu'il y a dans ces tetes . Le vrai malelot., comme disait Leborgne , n'a ni patrie, ni famille. Son langage n'appar– tient, en propre, a aucune nation. C'est un · amalgame de mots pris a toutes les langues, a celles des négres et sauvages de l' Amérique , comme a celles de Cervantes et de Shakspeare. N'ayant d'autres vetements que ceux dont il est couvert, il vit au hasard , sans s'inquiéter de l'avenir; parcourt la vaste étendue des mers; erre au sein des forets avec les peuplades sau– vages, ou dépense en peu de jours, dans quel– que port, avec des filles publiques, l'argent qu'il a rudement gagné pendant une longue ·1raversée. Le vrai matelot déserte, toutes les fois qu'il le peut, et passe successivement a bord des navires de toutes les nations, visite tous les pays, satisfait de voir, sans .chercher a rien comprendre de tout ce qu'il voit. C' est un oiseau voyageur qui se repose quelques instants sur les arbres qu'il rencontre sur sa route, mais qui ne se fixe dans aucun bocage. Le vrai ma– telot ne s'attache a ríen, n'a aucune affection , n'aimepersonne, pas meme lui. C'est un etrepas– sif, servant a la navigation, mais aussi indiffé-
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