Pérégrinations d'une paria, 1833-1834

71 un grand negre étendu a ses pieds, et dont le visage était tout en sang. Je fis un mouvement pour aller défendre, contre son oppresseur, ce negre dont l'esclavage paralysait les forces. Le consul chargea M. David de nous expli– quer pourquoi il battait son esclave : le negre était voleur, menteur, etc., etc.; comme si le plus énorme des vols n'est pas celui dont l'es– clave est victime! comme s'il pouvait exister une vertu pour qui ne peut avoir une volonté ! comme si l'esclave devait rie:n a son maitre et n'était pas, au contraire, en droit de tout entre– prendre contre lui ! Non, je ne saurais dépeindre quelle doulou- • reuse impr_ession cette vue hideuse produisit sur moi. Je m'imaginais voir ce misérable Tappe au milieu de ses négres. Mon Dieu ! pensai-je, M. David aurait-il raison ! les hommes seraient– ils tous méchants? Ces réflexions houleversaient mes idées morales, et me plongeaient dans une noire mélancolie. La défiance, cette réaction des maux que nous avons soufferts ou dont nous avons été témoins, ce fruit acre de la vie, naissait en moi, etje commern;ais a craindre que la honté ne füt pas aussi générale que je l'avais pensé jusqu'alors. En allant chez madame ''Vatrin,

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