Pérégrinations d'une paria, 1833-1834
55 vait de la villc; les hautes masses de rochers qui se trouvaien t_dans l'ombrc rappelaient ·les descriptions que le paganisme nous a b.issées de son enfer. La mer était calme; les trois navires mouillés dans la radc n'éprouvaient aucune os– cillation perceptible; tandis que M. Chabrié, assis au bout de la cage sur laquelle j'étais éten– due, la tete appuyée sur une de · ses mains , dans une attitude mélancolique qui s'harmoni– sait avec tout cct ensemble, regardait le ciel avec une expression de douleur. Je restai longtemps en muette contemplation de cette scene. :Oans ces belles nuits, les etres de la création , privés du mouvement , semblent exprimcr un bonheur sans mélange : l'accent de la douleur ne se fait pas cntendre, et ce si– lence est, pour le creur torturé, la plus per– suasive des consolations. Peu a peu je sentís la douce influence qu'exerce la lune sur toute la nature; le calme rentra dans mon ame, et je retrouvai mes sens pour admirer la beauté ma– jestueuse du cicl. Je n'osais parler a 1\il. Chabrié par crainte de troubler sa reverie. Je Hs un léger mouve– ment; il se retourna aussitot , et, me voyant les yeux ou verts , se leya précipitamment ; puis,
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