Pérégrinations d'une paria, 1833-1834
303 compagnaient, je parvins a monter sur une borne, et, de mon piédestal, je vis tout a mon aise le magnifique tableau qu'offrait la place. On avait élevé, sous le porche de l'église, une espece de théatre au moyen de planches posées sur des tonneaux ; quelques décorations em– pruntées au théatre de la ville formaient la scene, que quatre ou cinq quinquets étaient censés éclairer; mais les rayons argentés de la lunc suppléaient a l'économie des entrepre– neurs, et, sous le beau ciel d'Aréquipa, la lune répand de brillantes clartés. C'était chose neuve pour moi, enfant du x1x• siecle, arrivant de Paris, que la représentation d'un mystere joué sous le porche d'une église, en présence d'une foule immense de peuple ; mais le spec– tacle, plein d'enseignements, était la brutalité, les vetements grossiers, les haillons de ce mcme peuple, dont }'extreme ignorance, la stupide superstition reportaient mon imagination au moyen-age. Toutes ces figures blanches, noires ou cuivrées, exprimaient une férocité sauvage, un fanatisme exalté. Le Mystere ressemblait assez, par le fond (je ne dirai rien des beautés du dialogue, les paroles n'étant qu'imparfaite– ment parvenues a mon oreille ) , a ceux qu'au
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