Pérégrinations d'une paria, 1833-1834
109 - Chere dernoiselle, ne rougissez pas ainsi en me regardant avec vos grands yeux pleins de courroux et de slédain. Je vous le répéte, je vous aime comme si vous étiez ma sce~r, et, dussé-je VOl\S faire de ]a peine, j'aurai le courage de vous éclairer. Sachez done, enfant que vous etes encore, que le mot amitié, qui se rencontre dans tous les livres, dans toutes les bouches, dé– signe un sentiment idéal qui n'a jamais existé parmi les hommes. Pas un d'eux n'y croit, parce qu'aucun d'eux ne l'a ressenti, et que nul n'en a reconnu l'existence dans autrui. Les femmes ont, entre elles, trop de motifs de rivalité pour pouvoir s'aimer d'une maniere désintéressée; leurs rapports avec l'autre sexe, lorsqu'ils n'ont pas l'amour pour base, sont fondés sur l'inté– ret, et, au total, leurs affections sont transi– toires comme les causes qui les <:>nt fait naitre. Quant aux hommes, ils n'ont jamais d'amitié pour les femmes , et., ne les aiment que par amour, s'ils ne s'attachent a elles par intéret; entre eux , ils se recherchent ou se quittent selon que l'intéret du moment les détermine, et l'amitié, telle que les poetes et les philoso– phes nous la désigneut, est un piége tendu a la
Made with FlippingBook
RkJQdWJsaXNoZXIy MjgwMjMx