Pérégrinations d'une paria, 1833-1834

308 Dona Carmen, dont la passion pour les spec– tacles de toute nature est telle, qµ'elle serait de force a aller, dans la meme soirée, voir cruci– fier Jésus-Christ, représentalion qu'on donne <lans les églises d'Amérique pen<lant la semaine sainte, ensuite au théatre admirer les danseurs de corde, puis aux. combats de coqs ;· rna chere cousine, tout en regardant dédaigneusement la populace qui se trouvait réunie sur la place de la Mercede, n'en a,·ait pas moins pris sa bonne part du plaisir qu'éprouYait la multitude a voir manreuvrer la Vierge et ses soldats, mais elle se garda bien de nous l'avouer. Elle critiqua hautement cette bétise) et fut, au fond, tres contrariée que j'en eusse été témoin. Les Franc;ais qui étaient avec nous a la re– présentation du Mystere se contenterent de s'en moquer, d'en rire, et n'en furent autrement aflectés. · Autant que je pus le voir, je fus la seule qui revins tout attristée de ce spectacle. Je me suis totijours vivement intéressée au bien– etre des sociétés an milieu desquelles le destin m'a transportée, et je ressentais un vrai cha– grin de J'abrutissement de ce peuple. Son bon– heur, me disais-je, n'est jamais entré pour rien dans les combinaisons des gouvernants. S'ils

RkJQdWJsaXNoZXIy MjgwMjMx